Mettre en évidence un aspect méconnu de l’oeuvre de graphistes d’exception, qu’ils soient célèbres ou confidentiels : c’est la volonté que s’est tracée la Galerie Martel, créée en novembre 2008.
Après Alberto Breccia, Milton Glaser, Art Spiegelman, Tomi Ungerer, Lorenzo Mattotti et Lou Reed, José Muñoz, Roland Topor, Robert Crumb, Gabriella Giandelli, Thomas Ott, Charles Burns, Gary Panter, Fred, Mariscal, Blutch, Aline et R. Crumb, Brecht Evens, la galerie présente Lorenzo Mattotti à partir du 15 décembre 2011 avec En creusant dans l’eau, où l’artiste porte son regard sur Venise.
Ville qu’il connaît intimement mais peint ici pour la 1ère fois. En creusant dans l’eau, dont la Galerie Martel publie l’édition française et présente les originaux, décape la ville mythique de ses lieux-communs, de ses détails, pour en mettre magistralement à nu l’espace et la force.
« Je devais faire quelque chose d’honnête envers moi-même. Je n’ai pas pensé un instant dessiner les gondoles et la place Saint-Marc, j’ai essayé de comprendre en profondeur la structure de la ville. » Venise, de Turner à Monnet en passant par les rafales de photos au téléphone mobile, est sur-représentée. Mais Lorenzo Mattotti en connaît les déserts et les silences. Jeune homme, il y a vécu 5 ans, du temps de ses études d’architecture.
En 2009, une commande de la fondation vénitienne d’art contemporain Bevillacqua-Lamasa lui donne l’occasion de revenir sur sa passion pour Venise.
Pour peindre la ville, l’artiste a carte blanche : « J’ai pensé à travailler sur les reflets, ou sur la brique des murs détruits et la pierre tendre, très blanche, des façades. Ou même sur ces foules de petits dragons sculptés qui parsèment les rues et les quais…
Mais seule une mise à nu pouvait m’apporter la réponse. » Alors, il simplifie. La Venise de Mattotti est quasi-déserte. Pas de mouettes, à peine une poignée de silhouettes humaines, marins ou portefaix qui font vivre la ville et se confondent avec elle. Peu de monuments. Il néglige les fenêtres doubles des palais gothiques pour regarder l’essentiel : « À Venise, la perspective bouge sans cesse. Franchir le dos-d’âne d’un pont la fait évoluer verticalement. Un canal pointe au fond d’une trouée. Une église blanche paraît surdimensionnée. L’espace s’allonge, se ferme, s’ouvre. »
Cette Venise-là est moins un labyrinthe qu’une séquence dont les éléments — murs, escaliers, rues, églises, canaux — se réitèrent perpétuellement.
Parfois, le regard écrase les plans comme un téléobjectif, ou les libère comme un grand-angle. Traités à l’encre et au pinceau, les dessins en noir et blanc témoignent de la structure. Dans les travaux en couleur, parfois sur papier népalais, la lumière sert à donner la profondeur topographique, non à construire l’atmosphère. Ceci n’est pas un carnet de voyage.
Pour nourrir En creusant dans l’eau, Mattotti s’est immergé 6 semaines à Venise. Ses notes de terrain, il en a pris beaucoup en vidéo : « la caméra, c’est le mouvement du regard. Elle donne la dynamique que le dessin peut résumer. La photo en est incapable. » L’essentiel du travail, il l’a réalisé dans sa maison de Toscane, directement au pinceau, sans tracé préalable.
En fin d’ouvrage, il lui consacre une suite de pastels riches et sombres, faussement sereins, où l’eau et le ciel ressemblent à un tarmac. Une dernière manière de mettre sa Venise en place : « Maintenant, je sais comment la dessiner. J’ai enrichi mon alphabet. Je pourrais y dérouler une BD. »
François Landon
Lorenzo Mattotti est depuis 30 ans l’une des figures majeures de la bande dessinée et de l’illustration internationales. C’est après des études d’architecture à Venise qu’il s’oriente vers le graphisme. Il intègre en 1977 le collectif Valvoline, voué au renouvellement de l’esthétique et du langage de la BD.
Aujourd’hui, Lorenzo Mattotti est un illustrateur prisé des grands titres de presse : il travaille pour Le Monde, Télérama, Libération, Vanity Fair, The New Yorker, etc. Il a publié des dizaines de recueils, des livres pour la jeunesse dont un extraordinaire Hänsel et Gretel (Gallimard Jeunesse, 2009), et une vingtaine d’albums de BD.
Son trait principal est sans doute d’innover sans relâche : en témoignent ses illustrations du Corbeau de Lou Reed, somptueux hommage à l’univers étrange d’Edgar Poe (Le Seuil, 2009) ou son interprétation des Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain (Gallimard, 2011).
Ainsi, de Feux à Murmure, du Signor Spartaco à Incident ou au Bruit du Givre, Lorenzo Mattotti s’attache à bouleverser les codes sans jamais perdre sa rigueur, sa cohérence ni son charme. Il vit et travaille à Paris.
A travers 40 œuvres sur papier réalisées entre 1900 à 1970, cette exposition réaffirme la place essentielle du dessin dans l'œuvre de Picasso.

« Le Peintre et son modèle », 1932
Encre de Chine sur papier (Collection privée)
Picasso a parfaitement assimilé les principes artistiques de ses maitres et applique le précepte d' Ingres qu'il admire : « le dessin d’abord puis après seulement la couleur ».
Pourtant, en 1917, sur le carnet de dessins qui accompagne Pablo Picasso à Barcelone, on peut lire en première page : « on ne doit pas apprendre à dessiner » !!!
Effectivement il semble que le dessin soit un don chez cet homme qui le manie avec tant de génie. Toujours présent on le rencontre sous la forme des nombreuses études et croquis qui servent en amont de grandes compositions.
Mais, surtout, le dessin est essentiel dans l’expérimentation de la forme elle-même, mise à l'épreuve qui n'a jamais cessé d'être obsessionnelle tout au long de sa vie.
Il nous projette au cœur de la créativité de l’artiste, de ses expérimentations mélant précision du geste et spontanéité de l’âme.
A quelques exceptions près, le portrait et la représentation du corps humain servent de laboratoire à cette réinvention permanente de l’art.
Les 40 dessins de cette exposition nous offre un voyage parmi la fascinante variété de styles qui s’enchainent et se croisent au fil de son œuvre.
Galerie Boulakia
10, avenue Matignon, Paris
Du lundi au samedi 10h-13h et 14h30-19h, du 12 octobre au 17 décembre 2011