Exposition Françoise Pétrovitch

Françoise Pétrovitch

Tout au long de l’automne, d’étranges créatures occupent les salles du musée de la Chasse et de la Nature. Elles résultent de deux ans de travail, depuis que Françoise Pétrovitch a été invitée à subvertir les collections permanentes du musée.

Au pays des merveilles de Françoise

Françoise Pétrovitch nous invite à poser un autre regard sur le musée de la Chasse et de la Nature, écrin d’exception où ses oeuvres font écho à celles de Rubens, Chardin, Derain mais aussi aux animaux naturalisés, aux armes nombreuses et aux objets mobiliers qui ornent ce prestigieux hôtel particulier.

Se jouant des conventions muséographiques et du propos illustré par les collections, les oeuvres de Françoise Pétrovitch ont choisi le musée pour territoire. Une poupée de verre est installée dans la salle des armes, une princesse en céramique dans l’escalier, des gravures dans les tiroirs, un service de pique-nique de luxe dans le vaisselier, des cages en verre soufflé accrochées au plafond du salon de compagnie, la sculpture monumentale Forget me not dans la cour du musée…

Dans la salle d’exposition temporaire, l’artiste présente une autre facette de son travail : une vidéo Le loup et le loup – première utilisation qu’elle fait de ce médium – ainsi qu’une nouvelle série de dessins, les Vanités.

Ce peuple de créatures humaines et animales, tout droit sorti d’un monde merveilleux, entre enfance et sortilèges, révèle un univers où l’innocence n’est plus. Entre tendresse et cruauté, poésie et absence de compassion, il nous rappelle que nous sommes des êtres fragiles, peu éloignés du monde animal.

“Françoise Pétrovitch a passé deFrançoise Pétrovitch2s heures à l’affût dans le musée de la Chasse et de la Nature en vue de préparer cette exposition. A chacune de ses visites, elle a découvert une nouvelle possibilité de lecture, un nouveau sens. Dans ce musée si riche, si passionnant, elle a longuement muri son intervention. C’est finalement par le biais du décalage, du pas de côté, que ses peintures, gravures, sculptures, petites et grandes pièces, s’intègrent et s’adaptent à chacune des salles du musée.

Avec ses complices qui pourraient bien s’appeler Lewis Caroll ou Sophie Rostopchine, Françoise Pétrovitch prend possession du musée de la Chasse et de la Nature.

Indifférente aux jeux raisonnables des grandes personnes, elle vient perturber l’ordre établi. Dans la pénombre solennelle des salons qu’on dirait suspendus hors du temps, elle installe ses propres « jouets ».

Avec une assurance faussement candide elle dérange le strict agencement des vitrines, l’alignement des armes dans leur râtelier ou celui des porcelaines sur l’étagère, pour y intégrer ses oeuvres. Peintures, sculptures, installations, vidéo, s’insèrent avec malice dans les collections permanentes.

Attention ! Le petit peuple de ses créatures n’est pas innocent : empruntant le regard de l’enfance, l’art poétique de Françoise Pétrovitch révèle un monde où les rôles sont encore indéterminés. La proximité du petit d’homme et de la bête permet d’échanger les emplois de proie et de prédateur. Elle autorise la mixité des apparences, la conjonction de la tendresse et de la cruauté. L’artiste décrit la situation d’indifférenciation que nous expérimenterions avant que l’usage de la parole, l’émergence de la conscience de soi, la victoire de la raison sur la « pensée magique » et toutes les étapes de la maturation cognitive ne nous éloignent définitivement des animaux. Dans cet état qui est celui des mythes, la morale n’existe pas. L’homme ou la bête peuvent donner la mort sans remords.

C’est le temps sans heurs ni malheurs de Sophie, où il n’est pas plus dommageable de laisser fondre une poupée de cire au soleil que de découper des poissons rouges encore vifs. C’est aussi le pays d’Alice où imprécision du réel ne saurait laisser de place à la compassion. “

Claude d’Anthenaise, directeur du musée de la Chasse et de la Nature et commissaire de l’exposition.

L'art d'accomoder le gibier - Françoise Pétrovitch

L’art d’accommoder le gibier – vaisselier – Papier gaufré, gravure en taille douce, 2010.

Emblématique de l’intervention de Françoise Pétrovitch dans le musée, les douze estampes originales formant L’art d’accommoder le gibier peuvent être perçues comme un « service de pique-nique de luxe ». La délicatesse de ces gravures, dont le thème est caractéristique du travail de Françoise Pétrovitch, est ainsi associée à un matériau d’une grande simplicité : le carton.

Avec l’apparence de la vaisselle jetable, ces douze assiettes de carton gravé et gaufré, sont installées dans le vaisselier du musée, remplaçant les services en porcelaine précieuse qui y sont présentés habituellement. C’est par ce jeu subtil d’occupation et de substitution que Françoise Pétrovitch investit le musée tout en restant elle-même.

L’art d’accommoder le gibier est également une pièce symbolique puisque Françoise Pétrovitch l’a réalisée dans la durée, main dans la main avec des artisans. En effet, le temps dont elle a disposé pour préparer cette exposition est une donnée essentielle. Il lui a permis de créer des projets ambitieux associant divers corps de métiers : des verriers, des orfèvres, des graveurs ont été mis à contribution pour la constitution des diverses oeuvres. Ces deux années de préparation lui ont également permis de tester différentes possibilités, de changer d’avis, de revenir sur ses choix…

Les cages - Françoise Pétrovitch 

Les cages – salon de Compagnie – Verre soufflé, argenture, 2010 – Réalisées au CIAV de Meisenthal

Cinq Cages (pièces uniques), en verre soufflé, sont accrochées au plafond du salon de Compagnie. Suspendues dans l’air, elles s’agitent au gré des courants d’air et des mouvements. Bien qu’elles restent ouvertes en partie basse, elles maintiennent captifs divers éléments : un coeur rouge, un coeur noir, des bras, des animaux qui s’agitent pour tenter de quitter cette prison dorée.

En se plaçant sous les Cages, le visiteur fait une surprenante découverte : ce sont des miroirs qui renvoient l’image d’un monde inversé. Le visiteur met le pied dans une troublante irréalité…

Les Sentinelles – salon de Compagnie et salon Bleu -Grés, pièces uniques, 2010 – Sèvres – Cité de la céramique – coédition avec la galerie RX

Les oreilles dressées, Les Sentinelles sont aux aguets. Camouflés dans les salons du musée, ces têtes de lapin géantes semblent surveiller le visiteur.

Les Sentinelles - François Pétrovitch

Ces trois Sentinelles sont revêtues d’un émail recherché. Françoise Pétrovitch a travaillé avec les chimistes et émailleurs de Sèvres – Cité de la céramique pour les parer de couleurs inspirées des tableaux et des tapisseries d’ameublement du musée : le prune foncé hérité du XVIIIe siècle, le bleu soyeux, relèvent de l’art du camouflage…

Forget me not- Françoise Pétrovitch

Forget me not – cour du musée -Pièce unique, grés émaillé et inox brossé, 2010 – 3,80 m de hauteur – Production Manufacture Nationale de Sèvres FNAG

Avant de partir à la recherche de ces trésors, la sculpture monumentale Forget me not accueille le visiteur dans la cour du musée. Forget me not (nom du myosotis en anglais) est la porte d’entrée vers l’exposition Françoise Pétrovitch au musée de la Chasse et de la Nature.

Jouant avec les couleurs de la façade de l’hôtel, ce bouquet monumental rassemble des éléments de grés émaillés de bleu, de gris et de noir : des chaussures, des fleurs, des têtes de cerf, de lapin et de faon.

Le myosotis, cette petite fleur discrète, au bleu si caractéristique, prend une ampleur atypique pour dire et même crier : ne m’oubliez pas ! La visite se poursuit dans la salle d’exposition temporaire avec la découverte d’une nouvelle série de dessins : les Vanités et d’une projection vidéo, Le loup et le loup.

Le loup et le loup

Le Loup et le loup – salle d’exposition temporaire– Vidéo, 2011

Des larmes coulent.

Une course s’enclenche.

Un chasseur chassé par sa proie.

Une fille et un garçon.

Un paysage qui défile.

Les dessins s’enchaînent, sorte de poursuite circulaire où le chasseur court après sa proie qui se retourne contre son prédateur. Plus de 200 dessins, minimalistes et expressifs, réalisés à l’encre de Chine, dans des couleurs sanguines, ont permis de créer cette vidéo hors-norme. Le son, à la rythmique très simple, participe pleinement à l’histoire : les battements, les pulsations et les martèlements nous entrainent dans cette course haletante. 

Le loup et le loup est une oeuvre exceptionnelle : c’est la première fois que Françoise Pétrovitch utilise le médium vidéo.

Les Vanités - Françoise Pétrovitch(1)Les Vanités - Françoise Pétrovitch(2)Les Vanités, série de 8 dessins – salle d’exposition temporaire – Lavis d’encre sur papier, 2009-2010, 160 x 120 cm

Une tête minérale, sorte d’archétype du genre humain, est accolée à un animal : un oiseau, une tête de mouton ou de cerf… L’un semble fusionner avec l’autre. Mais qui prend le dessus sur qui ? Un rapport complexe et incongru lie ces deux entités entre elles. Cette indécision, ce flou, sont renforcés par l’absence de fond et d’échelle. La puissance de la couleur donne la vie – et la mort, à ces siamois suspendus. Série de dessins commencée en 2008, les Vanités sont dévoilées pour la première fois au public. Pour finir, le visiteur part dans le musée, à la recherche du peuple étrange et merveilleux de Françoise Pétrovitch…

Le musée de la Chasse et de la Nature

Le musée de la Chasse et de la Nature est un lieu singulier. Le visiteur qui s’aventure dans les salles y fait de surprenantes

rencontres. Au long de son parcours, il peut être confronté à de vrais animaux de plume ou de poil, qui tiennent ici le rôle de maîtres de la maison. Sans doute apercevra-t-il également quelques précieux panneaux peints par Rubens sous un plafond en plume réalisé par l’artiste belge Jan Fabre, un bas-relief romain provenant du Louvre à proximité d’une terre cuite du catalan Miquel Barcelò, ou encore un « Puppie » de l’artiste américain Jeff Koons placé sous un chef-d’oeuvre de la peinture française du XVIIIe siècle dû au pinceau de Jean Baptiste Oudry.

Consacré à l’évolution du rapport de l’homme à l’animal, le musée de la Chasse et de la Nature présente, en effet, un exceptionnel ensemble d’oeuvres d’art. Peintures, sculptures et objets d’art animalier, de la Préhistoire à nos jours, y engagent un dialogue insolite.

La présence de l’art contemporain est affirmée depuis l’extension du musée et sa réouverture en 2007. Cet aspect de la collection résulte d’achats, de commandes spécifiques ou bien encore de la politique d’expositions temporaires. A cet égard, la programmation artistique du musée fait une large place aux créateurs qui s’intéressent au rapport homme/animal envisagé sous des angles variés.

Qu’elles traitent de la ruralité, de l’animalité, ou qu’elles utilisent l’animal comme motif de recherches plastiques, la plupart des expositions sont produites par le musée qui, en contrepartie, reçoit pour ses collections une ou plusieurs des pièces produites. Ainsi, les collections se sont enrichies d’oeuvres de Karen KnorrEric PoitevinMarc CouturierTania Mouraud, ou encore Théo Mercier.

Certaines de ces oeuvres sont issues d’un travail en résidence. En effet, la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature dont dépend le musée, possède un territoire expérimental, le parc de Belval, situé dans les Ardennes, où les artistes peuvent être invités à séjourner pour créer au contact d’une nature forestière exceptionnellement préservée.