Rochers de lettres, Itinéraires de l’art en chine au Musée Guimet

Publié le : 27 décembre 20184 mins de lecture

Le Musée Guimet propose une exposition ayant pour thème les rochers de lettrés chinois et leur place dans l’univers de ces gentilshommes qui étaient tout à la fois fonctionnaires, peintres, poètes et calligraphes.

Une centaine d’objets seront exposés, parmi lesquels des prêts exceptionnels venus de Chine et des Etats-Unis, mêlant aux pierres les accessoires indispensable pour l’écrit et des peintures inspirées par ceux-ci, classiques et contemporaines. 

Les lettrés fonctionnaires : un métier éprouvant, une pépinière de talents

Rompus à la connaissance des textes classiques, certains lettrés cultivaient un jardin secret, lieu de leurs rares loisirs, espace de paix fermé à la rue et au monde.

Peintres, poètes, calligraphes, ils s’y adonnaient, loin des contraintes de leur métier à  un délicieux laisser-aller nourri de poésie, de contemplation de la nature et des rochers qu’ils avaient amoureusement acquis et placés dans leur studio dont le mobilier était d’une simplicité recherchée.

Reclus à demi, ainsi qu’ils furent définis au 8ème siècle, ou bien reclus totalement lorsqu’ils en avaient le courage, la force d’âme de ces lettrés suscita toujours un sentiment ambigu, mêlant l’admiration et l’envie, dans une société où servir était une des vertus premières de l’Etat confucéen.

Les pierres de lettrés : microcosmes de l’univers, montagnes en miniature

Les 1ers rochers assimilés à des montagnes furent ceux que l’on posa dans un bassin pour symboliser les îles des immortels dans l’espoir que, par la magie sympathique des ressemblances, ceux-ci viendraient y résider.

Plus tard, ils furent disposés dans les jardins afin d’y jouer le même rôle de montagnes dans un espace conçu et réalisé pour représenter l’univers en miniature. Leurs liens secrets avec les transformations de la terre, le poids de souffle de vie dont on les savait chargés selon les conceptions de la cosmologie chinoise, en faisaient des concentrés d’énergies solidifiées.

L’habitude se répandit sous les Tang (581-618) de faire entrer ces « montagnes » dans le studio en y plaçant des pierres dont la forme, la couleur, la texture évoquaient de façon irrésistible telle montagne, tel paysage, tel chemin caverneux, porte de toutes les rêveries.

Les lettrés chinois contemporains

L’attrait qui s’est exercé sur ceux que l’on nomme avec gentillesse les « pétromaniaques » s’est aussi traduit par le désir de faire le portrait de leurs trésors.

Simple extension de leur passion et quête esthétique dans un premier temps, les peintures de rochers ont évolué en une sorte d’hymne discret et passionné aux merveilles de la nature, ce dont témoignent parfaitement les créations plastiques et picturales du  lettré chinois contemporain Zeng Xiaojun, la plupart des pierres de cette exposition ainsi que les objets de lettrés et le mobilier provenant de sa collection personnelle.

Peintures de rochers et de paysages inspirés par les pierres ponctuent cet ensemble où les oeuvres classiques côtoient encore celles de Liu Dan, autre lettré contemporain. Œuvres plastiques ou peintures, toutes témoignent de la permanence de l’esprit lettré dans la Grande Chine d’aujourd’hui.

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